Qui était Maître Thierry Levy ?

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La parole est aujourd’hui à la défense… Le 30 janvier dernier s’est éteint l’un des plus grands et talentueux avocats pénalistes français : Maître Thierry Levy.

Il est admis au barreau de Paris en novembre 1969. Dès 1972, il est commis d’office avec l’avocat Rémy Crauste pour défendre Claude Buffet, auteur de la prise d’otages de la centrale de Clairvaux qui s’était conclue par l’assassinat d’un gardien et d’une infirmière de la prison. Cette affaire l’a marqué profondément car Maître Levy, alors âgé de 27 ans, s’est tenu à côté de l’échafaud lorsque la guillotine est tombée.

En sortant de cette exécution, il prononcera ces paroles marquantes : « C’est nous qui avions des gueules d’assassins ».

La peine de mort est abolie quelques années plus tard par François Mitterrand, après une bataille acharnée de Robert Badinter.

Son combat se tourne alors vers celui de l’abolition de la prison et restera le combat de sa vie. Pour lui,  « La prison est une peine qui n’est pas comprise par ceux qui la subissent, qui ne peut pas l’être. C’est une injustice qui s’ajoute aux injustices déjà accumulées lors de vies qui sont dès l’origine en difficulté ». Il est d’ailleurs devenu directeur de l’Observatoire international des prisons de 2000 à 2004. Ce fervent opposant à la privation de liberté défendra entre autre deux membres du groupe terroriste Action Directe, l’assassin de René Bousquet, Eva Joly, l’historien Bernard Lewis, etc.

Ces dernières années, il avait trouvé une autre lutte controversée : contester la place toujours plus grande accordée aux victimes dans l’action judiciaire. Sa critique est très sévère à l’égard de la place de la victime :

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« L’institution judiciaire s’est trouvée un nouveau maître, plus aveugle, plus menaçant encore que l’État autoritaire. Le plaignant aux mille récriminations, idolâtré, transfiguré en sainte victime ».

 

 

Il va même jusqu’à en redouter la perte d’égalité entre les parties devant le juge et ainsi craindre la disparition de la présomption d’innocence.

Cet immense avocat d’assises a toujours refusé les dossiers criminels de partie civile car l’idée de demander une peine d’emprisonnement était impensable pour lui. Il n’hésitait pas à prendre position sur les sujets de société, quitte à choquer. À la fois discret et médiatisé, il ne reculait devant rien pour défendre son client, ni même à s’écarter de la vérité pour convaincre les jurés. Son intransigeance et son verbe parfait ont fait de lui un Maestro du barreau. Il a toujours travaillé en solitaire mais depuis plusieurs années, il était fier de pouvoir compter ses deux fils, Hugo et Balthazar, à ses côtés.

Maître Levy était également écrivain et outre de nombreux ouvrages et articles juridiques, il a énormément écrit sur l’art de l’éloquence et sur sa profession. Un de ces célèbres ouvrages est sans nul doute Convaincre : Dialogue sur l’éloquence (en collaboration avec Jean-Denis Bredin).

Sa voix ne raisonnera plus dans les palais de justice, mais ses combats seront toujours ceux de demain.

 

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« Le désir de punir est profondément ancré dans la nature humaine »